Six ans. Pas un de moins. La durée minimale d’un bail à usage professionnel ne se négocie pas à la baisse, et la reconduction tacite ne s’impose à personne. À la différence du bail commercial, ici, pas d’indemnité d’éviction si le propriétaire décide de ne pas renouveler. Le locataire, lui, garde la main : il peut mettre un terme au bail quand il le souhaite, à condition de prévenir six mois à l’avance.
La loi offre une certaine latitude sur plusieurs points : les clauses du contrat, la révision du loyer, ou encore les modalités de renouvellement, tout cela se discute entre parties. Pour certains métiers réglementés, des règles particulières s’appliquent et modifient ce socle commun.
Le bail professionnel : à qui s’adresse-t-il et quelles activités sont concernées ?
Le bail professionnel cible avant tout les professions libérales. Ce contrat concerne celles et ceux qui exercent une activité non commerciale, dans un local professionnel dédié. Deux catégories émergent : d’un côté, les professions réglementées (médecins, avocats, architectes, infirmiers, experts-comptables), de l’autre, les activités non réglementées (consultants, coachs, graphistes, etc.). Dès lors qu’aucune activité commerciale, artisanale ou agricole n’est en jeu, ce cadre s’applique.
La frontière avec le bail commercial est nette. Le bail professionnel s’adresse uniquement à un usage strictement professionnel, sans revente de marchandises ni prestation de services commerciaux. Si un professionnel cumule deux activités, la dominante détermine le choix du contrat : une activité libérale prime, c’est le bail professionnel qui s’impose. Si le commerce prédomine, c’est le bail commercial qui prend le relais.
Ce régime séduit par sa souplesse : durée fixée à six ans, faculté pour le locataire de quitter les lieux à tout moment avec préavis, et aucune indemnité d’éviction. Cette flexibilité attire les professions libérales qui cherchent à préserver leur liberté contractuelle, tout en restant à l’écart du bail civil, réservé à l’habitation.
Seuls les locaux exclusivement dédiés à un usage pro sont concernés. Si un logement sert aussi d’habitation, une autre réglementation s’applique. La destination des lieux doit être précisée avec rigueur dans le bail, pour éviter toute ambiguïté et verrouiller le contrat en cas de désaccord.
Durée du bail professionnel : ce que dit la loi et les marges de négociation
La durée du bail professionnel s’inscrit dans un cadre légal strict : impossible d’aller en dessous des six ans, comme le rappelle l’article 57 A de la loi du 23 décembre 1986. Toute clause qui irait à l’encontre de ce seuil serait écartée. Néanmoins, rien n’empêche de choisir une durée supérieure au moment de la signature : certains contrats courent sur sept, neuf ou même dix ans, pour offrir davantage de stabilité au locataire comme au bailleur.
À l’issue des six ans, si personne ne manifeste la volonté d’y mettre fin, le bail continue automatiquement, aux mêmes conditions, sans formalité. Le locataire conserve la liberté de partir à tout moment, en respectant le préavis de six mois, notifié par lettre recommandée avec accusé de réception. Le bailleur, lui, ne peut récupérer les locaux qu’au terme du contrat ou dans des cas exceptionnels prévus par le bail (clause résolutoire, manquement grave).
Sur le plan financier, tout se joue lors de la négociation : choix de l’indice de révision (ILAT ou ICC) pour ajuster le loyer en cours de contrat, montant du dépôt de garantie (rien n’est imposé, mais la pratique en prévoit souvent un), et répartition des charges locatives. Chaque point doit figurer noir sur blanc dans le bail, pour éviter toute zone grise ou contestation future.
Résiliation, renouvellement, fin de bail : comprendre les droits et obligations de chaque partie
Le bail professionnel donne au locataire une grande liberté. Il peut quitter les lieux à tout moment, sous réserve de respecter un préavis de six mois, à envoyer par lettre recommandée avec accusé de réception ou via un commissaire de justice. Ce droit, propre au bail professionnel, le distingue radicalement du régime commercial. Le bailleur, de son côté, doit attendre la fin du bail pour notifier son souhait de ne pas renouveler. Pas de droit au maintien dans les lieux, pas d’indemnité si le bail s’arrête : la notion de propriété commerciale n’a pas sa place ici.
Procédure et délais
Voici les principales règles à retenir pour agir dans les délais :
- Le locataire peut donner congé à tout moment, avec six mois de préavis et sans avoir à se justifier.
- Le bailleur doit attendre l’échéance du bail pour notifier sa décision, et appliquer le même préavis de six mois.
- La reconduction tacite n’est pas automatique : le bail se prolonge si personne ne manifeste le souhait d’y mettre fin.
Le bail continue de s’appliquer dans les mêmes conditions tant que rien n’est formalisé. La sous-location ou la cession du bail nécessite l’accord écrit du bailleur, à inscrire clairement dans le contrat. En cas de différend, c’est le tribunal judiciaire qui tranche. Toute modification majeure doit passer par un avenant signé par les deux parties.
Ce régime offre beaucoup de latitude, tout en maintenant un cadre pour prévenir les ruptures brutales ou abusives. La clarté du contrat reste le meilleur allié pour éviter les mauvaises surprises au moment de quitter les lieux.
Modèle de bail professionnel et conseils pratiques pour sécuriser votre contrat
Un contrat de bail professionnel ne s’improvise pas. Chaque document doit être adapté à la location concernée, en tenant compte des besoins du bailleur comme du locataire. Mieux vaut partir d’un modèle de bail professionnel actualisé, conforme à la législation récente. Les rubriques incontournables incluent l’identité précise des parties, une description détaillée du local professionnel, la durée du bail, le loyer et ses modalités d’indexation (ICC ou ILAT), la répartition des charges locatives et, si besoin, le dépôt de garantie.
Un état des lieux d’entrée et de sortie doit systématiquement être annexé pour éviter tout litige lors de la restitution du local. Depuis 2023, le diagnostic de performance énergétique (DPE) est exigé pour les locaux à usage tertiaire, y compris ceux occupés par une profession libérale. Ce document, à joindre au contrat, détaille la consommation énergétique du local.
Certains points méritent une attention particulière. La clause résolutoire sert de filet de sécurité au bailleur en cas de manquement (impayés, défaut d’assurance, négligence d’entretien). La répartition des travaux doit être précisée : en règle générale, le locataire prend en charge l’entretien courant, tandis que les grosses réparations incombent au propriétaire, sauf mention contraire dans le bail.
Pour toute notification de congé ou de résiliation anticipée, privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception ou faites appel à un commissaire de justice. Cette précaution protège juridiquement les deux parties. Enfin, chaque clause doit être relue avec soin : un détail mal rédigé peut suffire à faire pencher la balance devant le tribunal judiciaire en cas de conflit.
Le bail professionnel, c’est le contrat de la liberté maîtrisée : un équilibre mouvant, à affiner à chaque signature. L’écrire, c’est dessiner les contours d’une relation de confiance, où chaque mot pèse et chaque clause compte.


